Rhamnonte
Rhamnonte, sur une colline entre deux baies du nord-est de l’Attique, abritait une forteresse athénienne surveillant la route maritime vers l’Eubée et le sanctuaire de Némésis et de Thémis, dont le grand temple dorique est resté inachevé. Un site retiré, face à la mer, à rejoindre en voiture depuis Marathon.
À l’extrémité nord-est de l’Attique, au-delà de Marathon et près du village de Grammatiko, Rhamnonte (Rhamnous) occupe un paysage isolé de collines boisées, de vallons et de falaises dominant le golfe d’Eubée. Peu fréquenté malgré son importance historique, ce vaste site archéologique réunit les vestiges d’un sanctuaire célèbre, une cité fortifiée et une ancienne route bordée de monuments funéraires.
La visite offre une autre image de l’Attique antique, loin des grands monuments d’Athènes : celle d’une communauté rurale et maritime, attachée à ses cultes, mais aussi chargée de défendre les approches orientales du territoire athénien. Les vestiges s’échelonnent sur un terrain vallonné, dans un cadre naturel préservé, face à la mer et le golfe d'Eubée.
Pour apprécier Rhamnonte, il faut prendre le temps de parcourir les différents secteurs : les temples, assez proches de l’accès principal, ne représentent qu’une partie du site.
Le sanctuaire de Némésis et de Thémis
Rhamnonte était avant tout réputée pour le culte de Némésis, déesse de la juste rétribution, qui châtiait notamment la démesure et l’orgueil (hybris). Son sanctuaire ★★, attesté dès l’époque archaïque, devint l’un des plus importants de Grèce consacrés à cette divinité. Thémis, personnification de la justice et de l’ordre divin, y était également honorée.
Sur une terrasse soutenue par de puissants murs se dressent les vestiges de deux temples voisins. Le plus grand, consacré à Némésis, fut élevé au Ve siècle av. J.-C. dans l’ordre dorique, avec six colonnes en façade. Le plus petit, de construction antérieure et remanié, était associé aux cultes de Némésis et de Thémis ; il servit également à conserver des offrandes et des sculptures.
Le grand temple abritait une imposante statue de Némésis réalisée par Agoracritos, élève de Phidias. Son socle sculpté représentait des personnages liés au mythe d’Hélène. Selon une légende rapportée par Pausanias, les Perses auraient apporté le marbre destiné à la statue pour ériger un trophée après leur victoire espérée à Marathon ; leur défaite aurait ainsi illustré le pouvoir de la déesse contre l’arrogance.
Parmi les œuvres découvertes figure une remarquable statue de Thémis, réalisée vers 300 av. J.-C. par le sculpteur local Chairéstratos et aujourd’hui conservée au Musée archéologique national d’Athènes. Le sanctuaire demeura fréquenté sous la domination romaine : le grand temple fut notamment associé au culte de Livie, épouse d’Auguste.
Une cité fortifiée surveillant la côte
À quelque distance du sanctuaire, une colline proche de la mer porte les ruines de la cité fortifiée de Rhamnonte, l’un des ensembles de dème athénien les mieux conservés. Son enceinte, ses tours et sa porte méridionale témoignent du rôle militaire de la localité, à la frontière des possessions athéniennes.
La garnison protégeait la circulation maritime entre l’Attique et l’Eubée, ainsi que deux petits ports aménagés de part et d’autre du promontoire, aujourd’hui en partie comblés par les alluvions. Pendant la guerre du Péloponnèse, ces mouillages contribuèrent au maintien des approvisionnements d’Athènes. À l’intérieur de l’enceinte, on reconnaît les vestiges d’habitations, de bâtiments publics, d’un gymnase et d’un petit théâtre.
Le site connut encore des épisodes militaires à l’époque hellénistique, notamment sa prise par Démétrios Poliorcète à la fin du IVe siècle av. J.-C. Son importance déclina ensuite progressivement, tandis que le sanctuaire poursuivait sa vie religieuse.
La voie antique et les nécropoles
Une route antique reliait le sanctuaire à l’entrée de la ville fortifiée, en direction de Marathon. Le long du chemin, plusieurs enclos funéraires monumentaux et soubassements de tombeaux témoignent de la richesse de certaines familles locales. Autrefois ornés de stèles et de statues, ils rappellent l’importance des rites funéraires dans la société athénienne.
Sources