Tirynthe, Midéa et Dendra
Tirynthe est une citadelle mycénienne fortifiée de l'Argolide, près de Nauplie, célèbre pour ses murailles cyclopéennes et les vestiges de son palais. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO avec Mycènes, elle occupe une place particulière dans la mythologie grecque.
Moins célèbres que Mycènes mais essentielles pour comprendre la civilisation qui domina l'Argolide à l'âge du Bronze, Tirynthe, Midéa et Dendra forment un remarquable ensemble de sites mycéniens autour de la plaine argienne. Les deux premières étaient de puissantes citadelles fortifiées, tandis que Dendra abritait une riche nécropole liée à Midéa. Leur visite permet de découvrir aussi bien l'architecture palatiale et les murailles cyclopéennes que les pratiques funéraires et l'organisation d'une société dominée par des élites guerrières.
Tirynthe, la forteresse aux murailles cyclopéennes
Tirynthe est l'une des grandes citadelles de la civilisation mycénienne, établie sur une basse colline, à environ 5 km de Nauplie, qui était autrefois un long promontoire rocheux qui dominait la partie littorale de la plaine d'Argolide. Avec Mycènes, elle compta parmi les principaux centres palatiaux de la Grèce de l'âge du bronze. Moins étendue et moins monumentale au premier regard que sa célèbre voisine, elle impressionne surtout par ses gigantesques fortifications cyclopéennes, parmi les réalisations les plus spectaculaires de l'architecture mycénienne.
Enceinte de Tirynthe
Le site est occupé dès le Néolithique et connaît déjà un important développement au IIIe millénaire av. J.-C., comme en témoigne un remarquable édifice circulaire de 27 mètres de diamètre. Mais Tirynthe atteint son apogée à l'âge du bronze récent, particulièrement aux XIVe et XIIIe siècles av. J.-C., lorsque la colline est progressivement transformée en une véritable citadelle palatiale fortifiée. Après l'effondrement du système mycénien autour de 1200 av. J.-C., elle reste habitée mais perd progressivement son importance au profit d'Argos. Depuis 1999, Tirynthe est inscrite avec Mycènes au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Selon la mythologie, les murailles de Tirynthe auraient été élevées par les Cyclopes pour le roi Proétos. Seuls ces géants mythiques étaient assez forts pour déplacer les blocs de pierre. Le terme d'« appareil cyclopéen » est depuis resté attaché à ce type de construction mycénienne.
La cité est également étroitement associée à Héraclès : plusieurs traditions situent ses origines dans l'Argolide et, surtout, le héros aurait vécu à Tirynthe lorsqu'il dut servir le roi Eurysthée, qui lui imposa les célèbres Travaux.
Tirynthe se distingue ainsi moins par la quantité de monuments visibles que par la puissance exceptionnelle de son système défensif. Le site est relativement compact et généralement plus calme que Mycènes ; ses murailles, passages voûtés et vues sur la plaine d'Argolide constituent l'essentiel de son intérêt. Les fouilles commencées à grande échelle dans les années 1880 par Heinrich Schliemann et Wilhelm Dörpfeld ont depuis été poursuivies par les archéologues grecs et l'Institut archéologique allemand.
Une forteresse à l'échelle des Cyclopes
La visite permet de parcourir les trois secteurs de l'acropole — haute, moyenne et basse — protégés par une enceinte dont le périmètre atteignait environ 750 mètres. Certains murs mesurent jusqu'à 8 mètres d'épaisseur et 13 mètres de hauteur. Ils sont constitués d'énormes blocs de calcaire grossièrement ajustés, dont les dimensions expliquent la qualification de « cyclopéens » donnée dès l'Antiquité à ce type de maçonnerie.
Parmi les éléments les plus remarquables figurent les galeries aménagées à l'intérieur même des murailles. Ces longs passages couverts par des voûtes en encorbellement, particulièrement bien conservés sur les côtés sud et est, comptent parmi les ouvrages les plus originaux du site. Probablement utilisés comme espaces de stockage et comme abris en période de conflit, ils permettent de pénétrer littéralement dans l'épaisseur des fortifications.
Enceinte de Tirynthe
Le palais mycénien
La partie haute était occupée par le palais royal, accessible autrefois par une succession de cours et de portes monumentales. Son centre était le grand mégaron, salle officielle organisée autour d'un foyer central entouré de quatre colonnes et comportant l'emplacement du trône. Les vestiges sont aujourd'hui assez arasés, mais permettent encore de distinguer les cours, appartements, magasins et espaces annexes qui formaient le complexe palatial. Les fragments de fresques découverts lors des fouilles témoignent du décor autrefois beaucoup plus riche de ces bâtiments.
Les environs complètent la visite. Une tombe à tholos fut construite à environ un kilomètre de la citadelle, tandis qu'un spectaculaire ouvrage hydraulique du XIIIe siècle av. J.-C., situé plus à l'est, détournait les eaux d'un torrent afin de protéger la région des inondations. Ce barrage rappelle que les Mycéniens ne furent pas seulement des bâtisseurs de forteresses, mais aussi d'importants aménageurs du territoire.
Sources : Éphorie des Antiquités d'Argolide – Acropole de Tirynthe ; Ministère grec de la Culture – Tirynthe ; UNESCO – Sites archéologiques de Mycènes et de Tirynthe.
Midéa, la troisième grande citadelle d'Argolide
Au nord-est de la plaine s'élève l'acropole de Midéa, considérée avec Mycènes et Tirynthe comme l'un des trois principaux centres mycéniens d'Argolide. Installée à environ 270 mètres d'altitude, elle occupe une position dominante permettant de surveiller une grande partie de la plaine.
La citadelle fut entourée au XIIIe siècle av. J.-C. d'une enceinte cyclopéenne longue d'environ 450 mètres, accessible par deux portes monumentales. Les fouilles ont mis au jour des ensembles de pièces servant d'entrepôts et d'ateliers, des fragments de peintures murales, ainsi que des vases portant des inscriptions en linéaire B. Des matrices et des pierres semi-précieuses indiquent également l'existence d'ateliers travaillant des objets de prestige.
Une violente destruction affecta Midéa à la fin du XIIIe siècle av. J.-C., probablement à la suite d'un séisme. Sous les décombres d'un bâtiment, les archéologues ont notamment retrouvé le squelette d'une victime écrasée lors de l'effondrement.
Dendra et l'armure d'un guerrier mycénien
À proximité immédiate de Midéa, la nécropole de Dendra complète admirablement la visite de l'acropole. Les fouilles y ont dégagé une tombe à coupole et seize tombes à chambre, principalement utilisées aux XVe et XIVe siècles av. J.-C. Certaines contenaient de riches offrandes : armes, bijoux, vases en or et en argent, sceaux et objets fabriqués dans des matières précieuses ou importées.
La découverte la plus spectaculaire reste la célèbre armure de Dendra, une panoplie de bronze presque complète datant de la fin du XVe siècle av. J.-C. Ses grandes plaques articulées protégeaient le torse, les épaules et le cou du combattant. Retrouvée dans une tombe à chambre, elle est aujourd'hui exposée au Musée archéologique de Nauplie, avec d'autres objets provenant de Dendra, Midéa et Tirynthe.
Dendra a aussi livré des traces de sacrifices ou d'inhumations de chevaux, tandis que la richesse des tombes souligne le rang élevé de leurs occupants. L'ensemble offre ainsi un contrepoint aux palais : après les fortifications et les espaces de pouvoir de Tirynthe et Midéa, Dendra permet d'approcher les guerriers et les familles qui appartenaient à l'élite de ces sociétés.
Sources : UNESCO – Sites archéologiques de Mycènes et de Tirynthe ; Ephorate of Antiquities of Argolida – Centres and monuments from Mycenaean times ; Éphorie des Antiquités d'Argolide – Acropole de Midéa ; Éphorie des Antiquités d'Argolide – Cimetière mycénien de Dendra ; Ephorate of Antiquities of Argolida – Archaeological Museum of Nauplio.